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J’ai une grande tendresse pour cette période, l’adolescence, pour ces adolescents que l’on rencontre, où il y a toujours quelque chose qui oscille entre la rébellion et la poésie. Le mot crise, dans crise d’adolescence, est extrêmement important. Il est précieux. C'est-à-dire qu’on le retient dans l’idée qu’il y a un avant et un après.

Qui n’a jamais pensé se donner la mort ? C’est tout à fait commun aux êtres humains, une fois dans la vie, de penser à mourir, sans pour autant passer à l’acte. Les adolescents, eux, le font. Ils ne pensent pas aux conséquences, ils le font parce ce sont des êtres passionnés. À Malatavie, on essaye de mettre cette passion à l’endroit, vers l’avenir, vers la vie avec souvent beaucoup de satisfaction.

Nos enfants aujourd’hui font des tentatives de suicide de plus en plus jeunes. Aujourd’hui, un enfant de 8 ans, de 9 ans a des idées suicidaires qu’il exprime. Ce qu’il y a une dizaine d’années encore était vraiment exceptionnel. Lorsqu’un de ces adolescents arrive à envisager le suicide, il le fait comme une solution de non choix. Il est pris à la gorge à un moment donné par ses peurs, par ses angoisses, par une situation inextricable dans laquelle il s’est mis, dont il ne sait plus comment trouver la sortie et souvent, dans ces moments-là, surviennent les idées suicidaires. Ce qu’il est vraiment fondamental de retenir, c’est que les jeunes ne veulent pas mourir. Nous devons donc leur apporter une réponse et souvent très rapidement. 

La première rencontre entre le jeune et le soignant est essentielle, elle est souvent très forte. C’est un moment qui suit une grande crise, parfois jusqu’au passage à l’acte, parfois par des idées. Avoir des idées suicidaires, c’est très effrayant. Et là, il y a beaucoup de tact et de délicatesse à avoir du côté du soignant pour pouvoir saisir tout ce que l’adolescent a à dire, parce qu’à ce moment-là, il peut dire énormément de choses.

Les adolescents viennent à Malatavie en sachant qu’ils vont croiser d’autres jeunes qui ont aussi des soucis et je pense que cela peut aider. Ils ne vont pas se retrouver avec des adultes qui ont d’autres pathologies ou d’autres soucis. Ça leur fait du bien de voir qu’ils ne sont pas seuls, qu’il y a d’autres jeunes qui ont d’autres problèmes.

Il y a des situations où les jeunes sont plus à l’aise avec un suivi téléphonique. J’ai souvenir d’un jeune avec qui on s’est parlé 8 fois sur plusieurs semaines avant qu’il n’accepte un entretien en présense. Il a fallu cela pour qu’il soit en confiance. La Ligne Ados de Malatavie permet aux jeunes d’appeler et de se confier en toute confidentialité.

Le suicide des adolescents, première cause de mortalité des jeunes en Europe, est un fléau social qui m’interroge et me révolte. Le silence tue. Il faut briser le tabou pour que la souffrance puisse enfin être entendue.

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